À ce titre, le spectacle qu'elle offrait hier au Théâtre du Cégep faisait du bien.
Un spectacle qu'on écoute attentivement pour bien saisir chaque petite histoire que chacune de ses chansons raconte. Écoute qui est récompensée par beaucoup de jolies tournures, d'images bien choisies, de rimes riches qui tombent bien en place dans un rythme souvent impeccable. C'est un plaisir trop rare.
Et puis, évidemment, Lynda Lemay, ce sont les petits riens du quotidien présentés dans les mots les plus simples. Elle invite le public à la suivre sur le chemin le plus direct vers l'émotion ou le sourire avec ce qui apparaît comme un naturel déconcertant parce qu'elle semble avoir le don du mot juste. Et comme elle s'attache autant aux toutes petites choses de la vie qu'aux grandes, elle nous rejoint. On s'y reconnaît.
Forcément, il se crée une proximité. Or, le plus étonnant du spectacle d'hier, c'est que la proximité n'était là que pour les chansons. Les interventions, elles, manquaient singulièrement de naturel ou plutôt de chaleur.
On avait l'impression que chaque mot de chaque intervention était appris de sorte qu'il n'y avait que dans les chansons qu'elle se révélait dans sa tendresse ou sa vivacité. Je ne sais trop à quel point c'est une mauvaise chose, en ce sens que c'est la chanteuse qu'on était venu entendre, mais l'impression générale était un peu bizarre.
On ne peut certes pas accuser Lynda Lemay de ne pas être généreuse. Son spectacle, plus long que la moyenne, devait bien compter une trentaine de pièces. Elle n'a pas évité ses vieilles chansons les plus connues (Les souliers verts, Le plus fort, c'est mon père, La visite, Gros colons, Au nom des frustrées) mais a offert autant de nouveautés (Blessée, Jumelle, Les mûres, J'ai rencontré Marie) dans un tout très homogène. Un peu trop, du reste. Son spectacle manque un peu de surprises pour relever le plat, donner du piquant à tout ça, surprendre les spectateurs.
Notez, je dis ça mais je n'ai pas senti que le public voulait autre chose que les belles émotions que la chanteuse lui a données. Et les interprétations étaient toujours intenses tant dans l'humour que dans l'émotion troublante puisqu'elle est passée systématiquement de l'un à l'autre tout au long du spectacle. Elle fait d'ailleurs les deux avec un égal bonheur.
Le spectacle d'hier était une supplémentaire, c'est vrai, mais il n'y avait tout de même qu'environ 275 personnes dans la salle du cégep qui en contient 460. Il n'y a peut-être pas tant d'amateurs de jolis textes qu'on pourrait le croire dans la capitale de la poésie. À moins que ce ne soit les amateurs d'émotions tendres qui manquent.


