
La chanteuse québécoise, qui enchaîne les succès, revient avec « Blessée », un album hommage à son public, et une grosse tournée. Nous l’avons rencontrée. Voici les raisons pour lesquelles son album pourrait bien, une nouvelle fois, cartonner.
PAR BÉATRICE QUINTIN
bquintin@lavoixdunord.fr REPRO LA VOIX
Ça marche à tous les coups. Quarante-quatre ans, vingt ans de carrière, douze albums, et pas un seul bide. De Nos rêves à Allô c’est moi, son précédent album (écoulé à 130 000 exemplaires) en passant par Du coq à l’âme et Ma signature, peut-être ses deux plus beaux albums.
Il y a du boulot. Vingt-deux chansons et pas moins d’une heure et demie de musique. Pas de doute, la chanteuse ne rechigne pas à la tâche.
On se croirait à son concert. C’est une technique qu’elle avait déjà utilisée dans Live et Les lettres rouges. Les chansons sont enregistrées lors de ses tournées, un chouïa remixées, et l’on retrouve (sans que ce soit insupportable) les rires et les applaudissements qui émaillent ses prestations.
Elle prend des risques. Présenter des chansons inédites (treize sur les vingt-deux de l’album) en concert, à un public qui ne les a donc jamais entendues, et les enregistrer en même temps, il faut oser ! Dans ses sujets aussi, bien sûr : deux chansons sur la mort (Mes plus belles vacances, sur le décès de sa grand-mère, et Ancêtre sur… sa mort), tout le monde ne l’aurait pas fait !
Elle parle de tout, comme en parlerait une copine. Sa technique, dans laquelle elle excelle ? Raconter les histoires des autres en disant « je ». Elle nous parle ainsi de ses mauvais souvenirs de cours de natation – Poisson –, de ses relations avec un chat nommé Charlot, mais aussi de l’homosexualité féminine (J’ai rencontré Marie, toute en subtilité). Quand on la rencontre, c’est pareil, elle est très sympa, remercie son interlocutrice « d’être venue de Lille juste pour la voir », et est étonnamment surexcitée dès qu’on lui pose une question sur une de ses nouvelles chansons.
Elle sait mélanger les tons et les styles. Sur Blessée, comme sur ses autres albums, elle hésite entre acidité ( Gros colons, gros blaireaux, l’une des meilleures chansons de l’album) et nostalgie, qui vire parfois au niais (Debout sur les pissenlits, sur l’amour passion et Ça valait des millions sur les souvenirs d’enfance), entre sujets graves ( Ma chaise en rotin, sur une personne atteinte d’un AVC), légers (Golfeurs, une chanson moqueuse plutôt réussie) et faussement légers (Ancêtre traite de la mort sur un ton et une mélodie des plus légers).
L’instrumentation est simple. Pas d’effets électroniques superflus. Une jolie voix, des textes forts et quelques notes de piano ou de guitare : c’est simple… et efficace.
C’est un album (vraiment) écrit pour son public. Jumelles a été composé après que deux soeurs sont venues la voir à la fin d’un concert pour le lui demander, et les fans ne pouvaient rêver mieux que la chanson d’amour qu’elle leur dédie (Entre deux paradis).
Elle a la foi et ça se sent. Des pannes d’inspiration ? « Il n’en est pas question, il y a encore tellement de sujets dont je n’ai pas parlé », rigole-t-elle, avant d’ajouter « j’ai gardé l’inspiration, comme une foi inébranlable ». Et quand on la voit, en cette fin de journée, entonner une à une chacune des chansons de son album qu’elle veut défendre (quasi toutes), on la croit volontiers.
http://www.lavoixdunord.fr/journal/VDN/2010/09/11/KALEIDO/ART2664735.phtml