Je n’aime pas la visite. Lynda Lemay et moi, on a au moins ça en commun. Et peut-être aussi une prédilection pour les vieilles chansons d’Iron Maiden.Vous le saviez peut-être, mais ça m’étonne encore. Et pourtant, quand elle se présente en studio lundi matin, 44 ans et toutes ses dents, moulée dans ses skinny jeans et arborant une bague en forme de tête de mort, je comprends tout de suite qu’elle aussi a été adolescente. Et comme plusieurs autres (Isabelle Boulay, tiens, qui voue presque un culte à Radio Radio), Lynda Lemay aime un tas d’artistes (dont le vulgaire Jon Lajoie!) qui ne font pas du tout le même genre de musique qu’elle.
Elle est évidemment très gentille, un peu maternelle (elle me recommande avec tendresse un médicament contre les allergies saisonnières) et complètement habitée par ses chansons, qui, depuis déjà 20 ans, plongent plusieurs dans l’euphorie et d’autres dans l’indifférence. Comme l’écrivait Paris Match au début de la carrière de la chanteuse : « Elle est hors mode, hors du temps. Sa différence lui plaît. »
Malgré le temps qui passe et même si nous sommes peu nombreux en ce début de semaine, elle interprète toutes ses chansons comme si elle était sur scène, devant un public amoureux, portée par la même flamme qui l’animait à ses débuts, avec le lyrisme qu’on lui connaît.
Autre évidence : c’est fou comme ses textes sont denses! Elle m’avoue qu’elle se surprend elle-même à manquer d’air parfois, entre deux phrases particulièrement verbeuses, jusqu’à se demander : « Coudonc, qui a écrit cette chanson-là? »
Sa simplicité est authentique.
On pourrait écrire la même chose de Nicola Ciccone, son coup de coeur (parce qu’elle n’a pas insisté pour qu’on invite Iron Maiden). Quand j’arrive en studio pour épier les répétitions, il pianote distraitement pendant que son accordéoniste Peter Ranallo discute d’arrangements avec les musiciens de Lynda. On dirait un étudiant, avec ses espadrilles Diesel et son sac à dos duquel il sort un roman sur la mythologie planétaire. Il fait sa chanson L’immigrant quelques fois, en prenant le temps de donner des précisions au guitariste Yves Savard : « C’est beau si tu strummes, parce que là, on est tout nus. » Lorsque vient le temps de s’attaquer à Une mère, la pièce de Lynda, on le sent presque investi d’une mission. « C’est grave ce qu’elle dit, je ne veux surtout pas la rater », explique-t-il.
Impossible. Le soir de l’enregistrement, Lynda Lemay est constamment submergée par l’émotion, d’abord par les mots d’encouragement de son invitée, la grande Janette Bertrand, ensuite par la voix de Nicola. De la belle visite, finalement.